DJ Yella – 4 The E feat. Kokane
Les Samoan Twins

Les gardiens silencieux d’Eazy-E
Au début des années 1990, alors que le gangsta rap domine la côte Ouest des États-Unis, l’industrie musicale de Los Angeles est entourée d’un climat de tension,
de rivalités et de violence latente. Derrière les artistes, les producteurs et les dirigeants de labels,
une autre catégorie d’acteurs joue un rôle déterminant : les équipes de sécurité. Parmi elles, deux figures mystérieuses émergent dans l’entourage d’Eazy-E :
les frères jumeaux John et Jacob Tovio, plus connus dans le milieu sous le nom de “Samoan Twins”.
Leur réputation, nourrie par des témoignages fragmentaires et des récits contradictoires, s’est construite à la frontière entre réalité et folklore du hip-hop.
Origines et profil
John et Jacob Tovio étaient des jumeaux d’origine samoane installés en Californie du Sud. À cette époque, la communauté samoane est bien représentée dans les métiers de la sécurité privée et du bodyguarding à Los Angeles.
Leur stature physique imposante et leur présence intimidante leur valent rapidement une réputation de protecteurs redoutables.
Dans les cercles liés au rap West Coast, ils deviennent surtout connus comme les gardes du corps personnels d’Eazy-E,
figure centrale du label Ruthless Records et ancien membre du groupe N.W.A.
Contrairement à d’autres agents de sécurité engagés ponctuellement,
les frères Tovio semblent appartenir au cercle rapproché du rappeur,
intervenant dans sa protection quotidienne, lors de déplacements publics comme dans les studios d’enregistrement ou les bureaux du label.
Les “enforcers” de Ruthless Records
Au fil des années, les Samoan Twins acquièrent dans l’industrie une réputation particulière.
Dans certains récits issus de l’entourage de Ruthless Records, ils sont décrits comme les “enforcers” du label — c’est-à-dire des hommes chargés d’assurer la protection d’Eazy-E et de faire respecter son autorité dans un environnement souvent conflictuel.
Dans le Los Angeles du début des années 1990, les labels de rap ne se limitent pas à des entreprises musicales traditionnelles.
Les rivalités entre artistes et dirigeants s’accompagnent fréquemment d’affrontements physiques, de menaces et de démonstrations de force.
Dans ce contexte, les équipes de sécurité jouent un rôle essentiel.
Les frères Tovio incarnent cette dimension parallèle de l’industrie :
celle où la force physique et la loyauté personnelle deviennent des instruments de pouvoir.
Les tensions avec Death Row Records
La rivalité entre Ruthless Records et Death Row Records constitue l’un des conflits majeurs du rap West Coast au début des années 1990.
D’un côté se trouve Eazy-E, figure historique du gangsta rap et fondateur de Ruthless. De l’autre, Suge Knight,
dirigeant de Death Row Records, dont le label connaît une ascension fulgurante grâce à des artistes comme Dr. Dre et Snoop Dogg.
Dans ce climat de rivalité intense, les équipes de sécurité des deux camps deviennent les extensions physiques du conflit.
Plusieurs récits évoquent des confrontations directes entre les hommes liés à Ruthless et ceux affiliés à Death Row, souvent composés de membres ou d’associés de gangs de Los Angeles.
C’est dans ce contexte que le nom des Samoan Twins apparaît dans certaines histoires liées à un épisode devenu célèbre dans le folklore du hip-hop :
l’attaque présumée des bureaux de Death Row au début des années 1990.
Le récit du “raid” de Death Row
Selon certains témoignages, notamment celui de Mob James, un affilié de Death Row, les frères Tovio auraient participé à une opération visant à intimider la sécurité du label rival.
Dans cette version des faits, les Samoan Twins auraient pénétré dans les bureaux de Death Row et affronté les gardes présents sur place,
supposément liés aux Bloods, gang auquel plusieurs membres de l’entourage de Suge Knight étaient affiliés.
Ces récits décrivent les jumeaux comme des combattants extrêmement efficaces, capables de neutraliser plusieurs adversaires à eux seuls.
Toutefois, ces histoires restent difficiles à vérifier. Aucun rapport de police ni document officiel n’atteste qu’un tel incident se soit produit.
Comme beaucoup d’épisodes de l’histoire du rap West Coast,
cet événement se situe dans une zone grise où les témoignages, les rumeurs et les reconstructions postérieures se mêlent.
Une loyauté jusqu’aux derniers jours d’Eazy-E
L’un des éléments les plus documentés concernant les Samoan Twins concerne leur présence dans les derniers moments de la vie d’Eazy-E.
En 1995, lorsque le rappeur tombe gravement malade et est hospitalisé au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles, les frères Tovio font partie des personnes autorisées à rester auprès de lui.
Selon certains témoignages, ils auraient accompagné Eazy-E lors de son transfert à l’hôpital et seraient restés présents pendant les jours qui ont précédé sa mort.
Dans certaines versions de ces récits, les jumeaux auraient même tenté de vérifier si le rappeur pouvait encore réagir en lui demandant de serrer leur main.
Après la disparition d’Eazy-E en mars 1995, ils figurent parmi les personnes impliquées dans l’organisation de ses funérailles, ce qui souligne la proximité qu’ils entretenaient avec lui.
Une présence discrète après 1995
Après la mort d’Eazy-E, les Samoan Twins disparaissent progressivement de la scène publique. Contrairement à d’autres figures associées à l’époque de Ruthless ou de Death Row,
ils ne participent pas à la multiplication des interviews, documentaires ou autobiographies consacrés au gangsta rap des années 1990.
Cette absence médiatique contribue à renforcer leur aura mystérieuse.
Les rares informations disponibles suggèrent que l’un des deux frères aurait continué à travailler ponctuellement pour des activités liées au label Ruthless ou à des projets musicaux associés.
Mais dans l’ensemble, leur trajectoire après 1995 reste largement inconnue.
Entre réalité et folklore
Aujourd’hui, les Samoan Twins occupent une place particulière dans la mémoire du rap West Coast. Leur histoire illustre la manière dont l’industrie du hip-hop des années 1990 mêlait musique, loyautés personnelles et dynamiques issues de la rue.
Si certaines anecdotes concernant leurs actions restent impossibles à confirmer,
un point demeure clair : les frères Tovio faisaient partie du cercle de protection le plus proche d’Eazy-E, dans une période où la sécurité personnelle des artistes était devenue un enjeu central.
À travers leur figure se dessine une réalité souvent oubliée de l’histoire du hip-hop : derrière les albums, les clips et les succès commerciaux,
l’ascension du rap West Coast s’est aussi jouée dans les coulisses, entre alliances, rivalités et stratégies de protection.
Les Samoan Twins, par leur présence discrète mais redoutée, en furent l’une des incarnations les plus énigmatiques.
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