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P.O. Portedisparu – “Originaire de l’ESS” – (2007) : le cri brut d’un artiste des Ulis –
https://youtu.be/gemWWlFsjP0?si=Nl5J4rtE96GABp5a
Titre : Originaire De L’Ess’
Sortie : 2007‘
Genre : Hiphop, Rap Francais Prod : DJ Eschek
Firebarzzz Présente🔥: P.O. Portedisparu – “Originaire de l’ESS” : le cri brut d’un artiste des Ulis.
https://youtu.be/g-8DKY3G3tU?si=_2Dd8KixeRm-0lqs
Au cœur du béton de l’Essonne, dans cette ville construite sur les hauteurs du plateau de Saclay, un artiste lève la voix. P.O. Portedisparu signe avec « Originaire de l’ESS » un morceau d’une intensité rare, une déclaration d’amour et de rage à la fois, adressée à sa terre natale : Les Ulis (91940), plus précisément le quartier des Amonts.
Sorti dans l’ombre au milieu des années 2000, ce titre s’est imposé comme une capsule de sincérité dans un rap français encore largement dominé par les logiques de style et de performance. Ici, pas de pose : juste la parole nue, chargée de vécu et de fierté.
2007 : la France sous tension, la banlieue en miroir
En 2007, la France sort tout juste des émeutes de 2005 et s’apprête à élire Nicolas Sarkozy, figure d’un discours sécuritaire et moralisateur. Dans ce climat tendu, le rap de banlieue devient plus que jamais un espace de parole.
C’est aussi le moment où le département de l’Essonne (91) s’affirme comme un territoire de création, souvent oublié face à la Seine-Saint-Denis (93) ou au Val-de-Marne (94). Les artistes du 91, eux, parlent avec une intensité plus souterraine, moins médiatisée, mais tout aussi réelle.
C’est dans ce contexte que P.O. enregistre « Originaire de l’ESS », morceau qui sonne comme un manifeste identitaire. La rue y est décrite sans fard, ni glorification ni victimisation — seulement la vérité nue de ceux qui grandissent entre béton, loyauté et survie.
Les Ulis : ville paradoxale, cité légendaire
Construite dans les années 1970, Les Ulis est une ville-plan, pensée comme modèle de modernité urbaine. Rapidement, elle devient un microcosme de la France périphérique : mixité sociale, densité, jeunesse, chômage, débrouille.
La ville porte pourtant une histoire fière : c’est ici qu’ont grandi Thierry Henry et Patrice Évra, deux champions mondiaux de football, symboles d’un certain mérite venu du bitume.
Mais à côté des pelouses et des trophées, il y a la rue — les Amonts, surnommés LosMonzas par les jeunes du coin — un espace où se forgent les caractères et où s’écrit la mémoire d’un peuple de l’ombre.
Les médias évoquent souvent Les Ulis à travers les faits divers : opérations de police, violences de cité, règlements de compte. Pourtant, pour ceux qui y vivent, la ville est un village vertical, une famille étendue, un repère.
Et c’est précisément cette ambivalence que P.O. restitue : la tendresse pour la laideur, la nostalgie du danger, la fierté d’un sol mal-aimé.
P.O. Portedisparu : un artiste du silence et du ciment
Peu de données circulent sur P.O. Portedisparu. Et c’est presque un manifeste : pas de storytelling, pas de promo, pas de mise en scène.
Il se présente comme un rappeur solitaire, un marcheur du béton. Un homme qui a grandi vite, dans un environnement où la rue devient à la fois école, miroir et piège.
Sa musique en porte la trace : minimaliste, tranchante, sans calcul. Sa voix n’est pas là pour séduire, mais pour témoigner. Le texte est frontal, écrit comme un poème de survie.
“Originaire de l’ESS” : entre introspection et déclaration de guerre
La force du titre réside dans sa structure incantatoire.
Chaque mot est pesé, chaque syllabe semble prononcée comme un serment. La répétition du lieu – “l’ESS”, “Les Ulis”, “les Amonts” – agit comme un mantra. C’est à la fois un territoire et un totem.
Mais derrière la fierté, il y a la douleur.
Être “originaire de l’ESS”, c’est aussi porter le poids des regards extérieurs, des clichés médiatiques, de la défiance sociale.
L’affirmation devient alors un mécanisme de défense psychologique : transformer le stigmate en blason, l’humiliation en emblème.
Dans le langage de la rue, on appelle ça “tenir son honneur” — dans celui de la psychologie, on parlerait de restauration narcissique.
P.O. ne cherche pas la pitié. Il ne s’excuse pas d’exister. Il revendique son ombre : « Originaire de l’ESS » n’est pas une fuite, c’est une prise de position.
Une manière de dire : « Oui, je viens d’ici. Et c’est pour ça que je suis debout. »
Les Ulis : la violence comme décor, la dignité comme réponse
Les faits divers récents le rappellent : violences entre jeunes, interventions policières musclées, attaques contre le commissariat — les Ulis demeurent une ville sous tension.
Mais réduire la cité à ces épisodes, c’est passer à côté de son génie social : des associations sportives actives, des familles soudées, une jeunesse inventive, des rappeurs, des danseurs, des éducateurs qui tissent du lien dans la fracture.
C’est tout cela que P.O. condense dans son œuvre : la colère, mais aussi l’amour de l’endroit, le respect du code, et l’hommage à ceux qui tiennent debout.
Le titre devient ainsi une lettre ouverte aux Ulis, une dédicace éternelle à cette ville de paradoxes, où la dureté et la loyauté se confondent.
Texte de Rap Francais – Le Bavar – 365 Cicatrices (2001)
Psychologie d’un cri : fierté, solitude et stratégie
P.O. expose une introspection virile : celle d’un homme qui refuse de se plaindre, mais qui pense, observe, rumine.
La virilité ici n’est pas toxique, elle est existencielle : c’est la carapace forgée par l’expérience.
L’artiste se sert de la musique comme d’une arme de précision mentale. Derrière le ton froid, il y a une lucidité clinique : la fierté comme survie, la stratégie comme langage.
Chaque vers agit comme une cicatrice mise en musique. La sincérité n’est pas douce : elle est minérale, coupante.
Le morceau ne cherche pas à convaincre — il cherche à exister.
Un hymne territorial, un miroir collectif
Originaire de l’ESS est un morceau-manifeste, un hymne de territoire à la manière d’un drapeau.
Il s’inscrit dans une lignée de rap où le lieu devient personnage : comme « Seine-Saint-Denis Style » pour JoeyStarr ou « Aubervilliers » pour Mac Tyer, le texte de P.O. transforme la géographie en psyché.
Mais contrairement à ces productions plus connues, P.O. conserve une dimension artisanale, presque confidentielle, qui renforce sa force brute.
Son rap n’a pas besoin de projecteurs : il vit dans le souffle de ceux qui l’écoutent en silence, casque vissé, regard au sol.
Originaire et fier
Au fond, « Originaire de l’ESS » est un acte de résistance intime.
Un texte qui dit à la fois l’amour et la colère, la honte et la gloire, le chaos et la dignité.
P.O. Portedisparu s’y dresse comme un homme de parole, dans le sens noble du terme : celui qui témoigne pour sa génération.
Loin des clichés, ce titre rappelle une vérité simple :
“Ceux qui viennent d’en bas n’ont pas besoin qu’on les sauve.
Ils ont juste besoin qu’on les écoute.”
Et c’est exactement ce que P.O. nous oblige à faire.
Hiphop : Manque de Crédibilité des Rappeurs en France : Silence, Contradictions et Enjeux de Conscience.
- P.O. Portedisparu – “Originaire de l’ESS” – (2007) : le cri brut d’un artiste des Ulis – Hiphop|Rap Francais| Politique
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