QUE RESTE-T-IL D’UN OG QUAND IL REVIENT DIX ANS APRÈS AVOIR TOUT QUITTÉ ?
Long Beach, 1966. Tracy Lamar Davis naît dans une ville qui va façonner toute sa vie, bien avant même qu’il ne pose le moindre mot sur un micro. Membre actif des Insane Crips avant de devenir rappeur, il porte dans sa musique une légitimité que peu peuvent revendiquer : il ne raconte pas la rue de l’extérieur, il l’a vécue de l’intérieur, pleinement.
Sa première apparition marquante arrive en 1994, sur la bande-son de « Murder Was the Case » de Snoop Doggy Dogg, avec le morceau « 21 Jumpstreet ». C’est le début d’une trajectoire qui va le mener chez Death Row Records, puis chez Dogghouse Records, le label de Snoop Dogg, aujourd’hui connu sous le nom de Doggystyle Records. Il devient membre de Tha Eastsidaz aux côtés de Snoop et Goldie Loc, un groupe platine qui marque la fin des années 90, avant de fonder également les Diirty OGz avec Tha Chill, Kurupt et Weazel Loc.
En 2002, il sort enfin son propre projet solo, « The General’s List », porté par des productions signées Dr. Dre, Battlecat, Fredwreck et Meech Wells. L’album grimpe jusqu’à la 95e place du Billboard 200 et la 21e place des classements R&B/Hip-Hop, une réussite solide pour un artiste qui avait jusque-là surtout brillé en featuring.
Puis, silence. Entre 2004 et 2014, Tray Deee disparaît presque totalement du game.
Une décennie loin des studios, loin des projecteurs, pendant que le rap West Coast continue d’évoluer sans lui. Beaucoup d’artistes ne reviennent jamais d’un silence aussi long. Le public oublie, les tendances changent, la place qu’on occupait se referme.
Mais en 2014, Tray Deee revient. Et en 2015, il sort « On the Blocc », produit par Nat Powers, un morceau qui ne cherche à séduire personne de nouveau, qui ne suit aucune tendance du moment. C’est un retour brut, avec la voix d’un OG qui n’a jamais quitté mentalement la rue, même après des années d’absence physique du game.
Le clip, réalisé par Dah Dah sous l’étiquette Supreme Circle Music Group, confirme ce que le morceau annonce déjà : Tray Deee ne revient pas pour se réinventer, il revient pour rappeler exactement qui il a toujours été.
Ce qui rend son histoire particulière, c’est justement cette fidélité à lui-même. Pas de virage commercial, pas de tentative de coller aux sons à la mode de 2015. Juste un homme qui raconte, avec la même autorité que vingt ans plus tôt, la réalité de son bloc, de son passé, de son statut de général reconnu par les siens.
Alors la vraie question à se poser : est-ce qu’un artiste qui disparaît une décennie entière peut vraiment revenir avec la même crédibilité, ou est-ce que le silence finit toujours par effacer ce qu’on avait construit avant ? Et si la vraie force d’un OG, ce n’était pas de rester visible en permanence, mais de pouvoir revenir, des années après, sans avoir rien perdu de sa légitimité ?
Tray Deee n’a jamais eu besoin de suivre le game. Il a juste attendu le bon moment pour y revenir, à sa façon.
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