ET SI LE RAP FRANÇAIS AVAIT TROUVÉ SON ÂME DANS UN SEUL REMIX ?
Le rap français en est encore à ses balbutiements, cherchant sa propre identité loin de l’ombre américaine. Sinclair, déjà respecté pour son flow posé et son sens de l’écriture, sort « Tranquille ». Un titre simple, presque discret, mais qui va prendre une toute autre dimension quelques mois plus tard avec son remix.
Pour cette version remaniée, Sinclair ne joue pas perso. Il s’entoure des Sages Poètes de la Rue, l’un des crews les plus respectés de la scène parisienne naissante, et de Ménélik, dont la voix grave et le charisme commencent déjà à marquer les esprits.
Trois univers, trois écritures différentes, réunis sur un seul et même morceau, à une époque où le rap français n’avait pas encore l’habitude des featurings à grande échelle. C’est presque une déclaration en soi : on peut se retrouver, partager le même son, sans jamais se marcher dessus.
Et derrière la console, un nom qui va marquer bien plus que ce simple remix : Philippe « Zdar » Cerboneschi. À l’époque, il est de ceux qui façonnent le son du rap français naissant depuis l’ombre du studio.
Ce qu’on sait moins, c’est que cet homme deviendra quelques années plus tard, avec son groupe Cassius, l’une des figures les plus respectées de la musique électronique française, culminant jusqu’à des collaborations avec Beastie Boys, Phoenix ou encore Cat Power.
« Tranquille (Remix) » fait partie de ses tout premiers pas dans un game qu’il allait, sans le savoir encore, contribuer à faire rayonner à l’international.
Le morceau sort sur Virgin, via le label Source, une référence de l’époque pour le rap hexagonal, et s’impose comme l’un des sons les plus marquants de cette année charnière. Chanson, hip-hop, funk : la fiche du disque elle-même refuse de s’enfermer dans une seule case, à l’image du morceau qui mélange les univers sans jamais forcer le trait.
En 2019, Philippe Zdar disparaît tragiquement, à l’âge de 52 ans, après une chute accidentelle. Le monde de la musique française, du rap à l’électro en passant par la pop, perd l’un de ses architectes les plus discrets mais les plus influents. Et quand on réécoute « Tranquille (Remix) » aujourd’hui, presque trente ans après sa sortie, on comprend que ce morceau n’était pas juste un remix parmi d’autres : c’était déjà la trace d’un talent qui allait façonner bien plus que le rap français.
Alors la vraie question à se poser : combien de morceaux fondateurs du rap français ont été façonnés, sans qu’on le sache à l’époque, par des mains qui allaient plus tard marquer d’autres genres musicaux à l’échelle mondiale ? Et est-ce qu’un featuring aussi simple que celui-ci, sans calcul ni stratégie commerciale, ne raconte pas mieux l’essence même du rap que n’importe quel gros coup marketing ?
« Tranquille (Remix) », c’est trois plumes différentes, une production visionnaire, et un morceau qui a fini par traverser le temps bien plus loin que ce que personne n’aurait pu imaginer en 1994.
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